Auteur : Caroline Lefebvre, La Gazette Santé Social N° 70 - Janvier 2011, page 50.
Deux décrets publiés en août 2010 tentent d’améliorer le statut des accueillants familiaux. Sans pour autant faire l’unanimité.
Alternative à l’aide à domicile et à l’hébergement en établissement, adaptée aux zones rurales, l’accueil familial reste marginal en France. Un peu plus de 9000 personnes hébergent et prennent en charge une à trois personnes âgées ou adultes handicapés, après l’agrément du conseil général.
notamment administratives, restent nombreuses.
En 2008, la députée (UMP) Valérie Rosso-Debord [1]
considérait que le développement de l’offre était entravé par le statut « inadéquat » des accueillants familiaux, lequel échappe au Code du travail.
Position précaire
L’immense majorité exerce en effet dans le cadre de contrats de gré à gré, sans formation initiale, ni congés payés, ni droits au chômage. L’organisation de la formation continue, obligatoire, est à l’appréciation des conseils généraux, donc très disparate. « Les accueillants travaillent 24 heures sur 24, souvent sans repos hebdomadaire, pour 60 euros par jour »
[2]
, souligne Maryse Montagnon, présidente de la Fédération nationale des aidants et accueillants familiaux (Fnaaf).
Rares sont ceux qui parviennent à organiser leur remplacement, à moins de le confier à l’un de leurs proches, non agréé. « Notre position est précaire, alors que nous sommes tenus de garantir la sécurité et le bien-être des personnes accueillies », résume Étienne Frommelt, président de l’association Famidac.
Pour développer et réguler le dispositif, deux décrets
[3]
organisent la possibilité, pour les personnes morales de droit public ou privé, de salarier des accueillants. La Fnaaf a ainsi créé un syndicat d’employeurs. Une première expérimentation attend l’accord du conseil général du Rhône : à Saint-Germain-au-Mont-d’Or, 3 salariés accueilleront chacun 3 personnes âgées pour 1500 euros net par mois (et 750 euros de frais d’entretien, sans loyer à payer), et percevront des indemnités en cas de place vacante. Les remplaçants, salariés, seront mutualisés.
Les autres candidats au statut d’employeur ne se bousculent pas. Alain Villez, conseiller technique « personnes âgées » à l’Uniopss, encourage ce mode d’accueil. Mais, sans illusions. « Avec la prise en charge des congés, des remplacements et de l’encadrement, les coûts de revient seront comparables à un hébergement en Ehpad. » Et de rappeler que la loi du 17 janvier 2002 avait déjà institué une possibilité de salariat, réservée aux institutions sociales et médico-sociales. Sans grand succès.
Turnover
L’association les Cités cantaliennes de l’automne, qui gère 11 Ehpad dans le Cantal, est l’un des rares organismes à s’être lancé, dès 2003. Aujourd’hui, elle gère 8 accueillantes salariées et des remplaçants.
« L’accueil familial est idéal pour les personnes âgées ; leur autonomie est stimulée, observe Marie-José Laverrière, attachée de direction de l’association. Mais la gestion reste très difficile, avec des contrats qui dépendent à la fois du Code du travail et du Code de l’action sociale et des familles. Si les décrets marquent des avancées pour les salariés (avec un maximum de 258 jours travaillés par an], ils n’ont pas répondu à nos attentes de simplification administrative. »
L’association souffre, en outre, d’un turnover important, preuve que le salariat ne suffit pas à alléger les contraintes. Quant aux accueillants indépendants, les décrets ne modifient guère leur situation, excepté en assouplissant les modalités d’agrément et en instituant un « tiers régulateur » pour assister les deux parties dans leurs démarches.
Etienne Frommelt réclame « un statut assimilé salarié, comme pour les assistantes maternelles et familiales. Il faut réduire les écarts entre les différents types d’accueil et favoriser les passerelles », conclut-il.
Caroline Lefebvre
TÉMOIGNAGE
Christine Carrez, responsable de la mission « accueil familial » au conseil général du Nord
[4].
« Eviter l’isolement »
« Pour l’instant, aucun organisme dans le département n’a manifesté son intention de salarier des accueillants. En revanche, nous avons mis en place un dispositif d’accompagnement des accueillants familiaux indépendants. Outre ses propres équipes chargées de l’agrément et du contrôle, le conseil général a missionné quatorze organismes [associations, centres hospitaliers, etc.] pour effectuer un suivi médico-social des personnes accueillies. Lors de leurs visites mensuelles, ces professionnels jouent un rôle d’écoute et de conseil. Cette démarche, préventive, est essentielle pour éviter que les accueillants ne se retrouvent isolés, repérer les dysfonctionnements suffisamment tôt et les régler en douceur. »
CHIFFRES
Coût moyen. La personne accueillie s’acquitte auprès de l’accueillant d’une rémunération journalière minimale de 2,5 fois le smic horaire, d’une indemnité de frais d’entretien et d’un loyer. Elle peut percevoir des aides (APA, aide au logement, etc.). En emploi direct, le coût moyen est de 1400 euros mensuels lavant les aides). En accueil salarié, de 1 500 à 1950 euros.
